Sommaire


Qu'en savons-nous aujourd'hui ?

"Soixante ans avant, un Maître de Justice prêcha la doctrine du Christ et fut crucifié comme lui."

En mai 1950, alors que la fouille de Qumrân n'était pas commencée et que les morceaux de manuscrits de la grotte 4 dormaient encore dans la poussière des siècles, une communication présentée à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres par André Dupont-Sommer, professeur de langue et civilisation sémitiques à la Sorbonne, avait produit l'effet d'une bombe en annonçant que le Maître de Justice de la Fraternité essénienne apparaissait comme un prototype de Jésus. A. Dupont-Sommer s'appuyait sur les premiers textes connus: la Règle de la Communauté, le Commentaire d'Habacuc, l'Ecrit de Damas. Il les attribuait aux Esséniens. Dupont-Sommer soulignait une continuité de pensée et de doctrine entre le Maître de Justice et Jésus. Comme Jésus, le Maître de Justice avait prêché la pénitence, la pauvreté, l'humilité, l'amour du prochain, la chasteté. Il avait prescrit l'observance de la Loi de Moïse, rendue plus parfaite par ses propres révélations. Il avait été l'Elu et le Messie de Dieu. Objet de l'hostilité des prêtres et des Sadducéens, il avait été condamné et mis à mort. Il reviendrait à la fin des temps. Ses fidèles attendaient son retour glorieux. Cette annonce provoqua une levée de boucliers et une vigoureuse riposte des instances catholiques qui ne pouvaient admettre que soit ainsi remise en cause la singularité du Christ et son caractère unique. Dupont-Sommer reçut des menaces. Il fut ébranlé par la violence des attaques dirigées contre lui. Au fur et à mesure de la publication des nouveaux textes, il fut obligé de s'exprimer de manière plus nuancée.
Il n'en reste pas moins vrai que "la secte essénienne représente l'un des mouvements mystiques les plus élevés et les plus féconds du monde antique ; plus que tout autre mouvement dans le Judaïsme, elle a préparé les voies à l'institution chrétienne". (N° 189/janvier 1994 des Dossiers de l’archéologie, page 94, article de Jean Perrot, directeur de recherche honoraire au CNRS).

• La première traduction en français d'une partie des manuscrits de la mer Morte avait été publiée, en collaboration avec André Dupont-Sommer, chez Gallimard (Col. La Pléiade), sous le titre : « La Bible - Écrits intertestamentaires ».

En 1956, un des membres de l'équipe chargée d'étudier et de publier les textes, J.-M. Allegro, se brouilla avec ceux de l’Ecole biblique de Jérusalem, affirmant que M. Dupont-Sommer était encore plus près de la réalité qu’il ne le supposait. « Les origines de certains rites et doctrines du christianisme se retrouvaient, disait-il, dans les textes d’une secte extrémiste juive qui avait existé cent ans avant la naissance de Jésus-Christ... » (Note de l’auteur : au lieu de cent ans, lire deux cents ans). Cette "secte juive" a été presque aussitôt identifiée comme étant celle des Esséniens, que les auteurs antiques ont situés autour de la Mer morte, ce qui est en parfait accord avec l’emplacement du site de Qumrân.
Or, voici ce qu’on peut lire dans le document intitulé "Rouleau des hymnes", V, 7 et 8 : « Tu m’as placé dans un lieu d’exil parmi de nombreux pêcheurs qui étendent leurs filets sur la surface des eaux. » Frappant, on a tout à fait l'image-type des premiers apôtres au bord du lac de Tibériades (nom donné aux temps de Tibère).
La Mer morte n’ayant ni poissons, ni pêcheurs, les manuscrits n’ont donc pu être rédigés, en fait, que dans la région du lac très poissonneux de Galilée, dans le Nord de la Palestine. Et il s’agit non pas d’une simple secte mais d’un important courant du judaïsme, le plus authentique et le plus ancien qui, après l’exil de Babylone, s’est réimplanté dans la région. Ces Galiléens et ces Babyloniens, dont les manifestations révèlent l’ardeur religieuse, sont cités plus d’une fois par l’historien juif Flavius Josèphe. Peut-être se considéraient-ils toujours comme des exilés en s’opposant à ceux qui, à Jérusalem, avaient le pouvoir ainsi que le bonheur insigne d’habiter dans la Ville sainte ?
Dans cette hypothèse, les documents retrouvés à Qumrân doivent être considérés comme une copie ou un double à l’usage d’un monastère propulsé dans le désert de Judée à l’image d’une tête de pont, en vue de la reconquête future de la Ville.
Jean-Baptiste, l’ermite du désert, était-il un Essénien de Qumrân ? Flavius Josèphe le cite dans ses ouvrages. Connaissait-il les documents qui y ont été découverts ? Oui, cela ne fait aucun doute. Mais au fur et à mesure, la pensée essénienne a évolué. Et voilà Jésus qui enseigne, corrige, modifie et remet cette évolution sur ses rails.
« Il est écrit ceci dans la loi de Moïse... mais moi, Je vous dis... »
Non, les maladies ne sont pas des châtiments que Dieu inflige à l’homme pour le punir de ses péchés. Non, la femme qui a ses règles n’est pas impure. Non, on ne lapide pas la femme adultère. Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat (imaginez que le Christ ait eu la mauvaise idée de supprimer ce repos hebdomadaire, et ce sont nos week-ends qui n’auraient peut-être jamais vu le jour). Bref, les origines esséniennes du christianisme sont irréfutables.
Les chrétiens voudraient bien trouver des preuves qui renforcent leurs convictions alors que tout laissait prévoir de profonds changements. Le Pèlerin Magazine (n° 5798) affirmait de son côté en janvier 1994 que "plus des 3/4 des manuscrits trouvés dans les grottes avaient déjà été publiés, les textes encore inédits étant pour la plupart des fragments émiettés dont la publication ne saurait tarder." Comme on reprochait au cartel de religieux de ne publier les textes qu'au compte-gouttes, leur directeur, Emmanuel Tov, promit qu'ils seraient tous publiés avant 1997, mais il n'a pas tenu sa promesse. La rétention de ces documents par les Jésuites et les Dominicains de l'École biblique de Jérusalem, plus d'un demi-siècle après leur découverte, est un scandale dont toute la presse se fit l'écho.
Depuis 1996, de nouvelles versions de la Bible sont en vente, assorties de nouveaux commentaires des exégètes qui ont étudié les fameux manuscrits : les retouches sur le christianisme primitif sont sélectives pour ne pas perturber la foi. La foi qui repose sur des mythes...( lire la suite)

• Autre article intéressant sur le sujet sur le site massorti.com (un courrant biblique juif).

- Et enfin leur publication le 25 décembre 2000 ................ Voir page suivante

Suite
 
IDDN Certification