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Sommaire

Jésus était-il un maître essénien ?

Laissons la question du rouleau de cuivre (découvert en 1952 et découpé soigneusement par EDF en 1997) aux chercheurs de trésor. Le texte gravé dessus en hébreu contient l'énumération de 64 cachettes recélant au total un fabuleux trésor : des vases précieux, des objets de culte en or et en argent, et des vêtements sacerdotaux, trésor que l'on attribue au temple de Jérusalem détruit en 70 ap. J-C...
Revenons à nos manuscrits en peau de chèvre. La révélation la plus importante a été certainement celle de la similitude entre l'essénisme et le christianisme naissant. Qumran était une communauté essénienne, secte juive contemporaine des débuts du christianisme. Les emprunts que les évangiles et les actes des apôtres font aux textes esséniens sont innombrables. Intrigante est la véritable identité du personnage dont le nom ne pouvait être prononcé et qui était connu sous l'appellation de "Maître de justice". Il fut l'organisateur de la communauté essénienne et rédigea peut-être lui-même la Règle, le Manuel de discipline et les Hymnes; il fut persécuté par "le prêtre impie" et périt de mort violente; envoyé chez les Juifs pour leur faire entendre le langage des prophètes, il fut sans cesse traqué et, trahi par un des siens, il dut rejoindre son pays d'origine. Le messie essénien est-il le prototype de Jésus ? Il est aussi question d'un adversaire, une "langue de vipère", "l'homme de mensonge" ; cela ne vous rappelle-t-il pas quelque-chose ? Le Maître Jésus, Judas le traite, le grand prêtre Caïphe, et l'adversaire à la langue venimeuse, Saul (l'apôtre Paul) ?
Pour l'historien catholique spécialiste du christianisme primitif, le Jésuite Jean Daniélou, «Cette découverte est la plus sensationnelle qui ait jamais été faite.» (Cf. Les Manuscrits de la Mer Morte et les Origines du Christianisme, 1957, page 123). Ses recherches l'ont conduit à écrire une Nouvelle Histoire de l'Église avec ces remarques capitales : « L'Église primitive, exclusivement juive, joue un rôle décisif jusqu'en 70 (chute de Jérusalem); c'est une vérité historique que nous masquent les documents officiels et qu'il importe de rétablir.» (T.1 Ch.1).
Que s'est-il passé ensuite ?

LA CRISE DU JUDEO-CHRISTIANISME

Quand on lit les épitres et le livre de l'Apocalypse, on est frappé de la véhémence des propos et on réalise qu'il y a un grave conflit en deux partis opposés. Ceci concerne "la division" entre les Judéo-chrétiens du parti de Jacques et les pagano-chrétiens de celui de Paul, l'apôtre autoproclamé et le ministre de l'église de la lettre aux Ephésiens. Jean Danielou a écrit :

« Luc présente le point de vue de Paul. Or, le parti de Jacques est celui avec lequel Paul n'a cessé d'être en conflit (Gal, II,12). Comme il a finalement disparu après 70, le souvenir s'en est effacé. Mais cet effacement fausse l'histoire des origines chrétiennes. »
« A terme, on aboutira à un renversement de la situation. L'Église primitive s'effondrera en 70 et le pagano-christianisme paulinien entamera sa destinée triomphale. » (Nouvelle Histoire de l'Église, par J. Danielou et H. Marrou, Éditions du Seuil, 1962, T.1 ch.3 p. 37 et p. 59). TOUT EST DIT.

Dans ses recherches, le Père J. Danielou a fait des découvertes qu'il n'a pas osé publier. On apprend pourtant que dans les compositions rédigées par ordre de Constantin des textes consacrés au bouc émissaire dans l'Ancien Testament (Nombres VI) ont servi pour réécrire la Passion du Christ. Le bouc était sacrifié par le prêtre nazaréen pour la rémission des péchés. - J. Danielou, "Théologie du Judéo-christianisme" (p. 112 à 114).

Que disent les manuscrits sur les origines du christianisme ?

La similitude entre les Esséniens et le christianisme primitif est si frappante qu'Eusèbe de Césarée pensait que la description qu'en donnait Philon concernait la communauté judéo-chrétienne primitive. Les Esséniens se considéraient comme le dernier reste d'Israël, dénonçant la corruption et l'impiété de l'aristocratie sacerdotale en charge du Temple (pharisiens). Paul élève de Gamaïel, rabbin pharisien, appelle ces adeptes de la Nouvelle Alliance les pauvres (ébionites) ou les saints. Exactement les termes esséniens ! Ils auraient été un ordre initiatique relié à d'autres au Moyen-Orient. Selon Philon d'Alexandrie, leur confrérie comptait plus de 4000 membres. Le livre des Actes dénombre le même nombre de Juifs convertis à cette époque. Ces Fils de la Lumière se préparaient à une guerre sainte contre les Romains, et ils connurent une fin apocalyptique. Exactement ce que Flavius Josèphe en dit avec la chute de Jérusalem, en l'an 70 ! Le document qui prouve le lien étroit entre essenisme et christianisme, juif à l'origine, est intitulé: "Écrit de la Nouvelle Alliance au pays de Damas". Ce Document de Damas est le même qui avait été découvert en 1896 dans une sinagogue du Caire par Solomon Schechter, premier manuscrit essénien découvert témoignant de cette secte dissidente juive, bien avant ceux de la Mer Morte. Il est sans doute à l'origine de l'hypothèse d'après laquelle Jésus aurait été un Maître Essénien qui aurait été instruit à l'école du Carmel. Inscrit à l'âge de 6 ans sous le nom de Joseph pour être préparé à sa mission de Fils de Dieu, il serait la réincarnation d'un autre Fils de Dieu, Zoroastre. Cette thèse, soutenue en 1937 par H. Spencer Lewis, s'appuie sur des documents de la Fraternité rosicrucienne et n'est pas fondée à partir de ce qui est aujourd'hui connu des manuscrits de la Mer Morte où il n'y a aucune mention de Jésus, fils de Marie. - "La Vie Mystique de Jésus" de H. Spencer Lewis, fondateur de l'AMORC (Ordre de la Rose-Croix). Pour le reste, relativement à "l'enseignement secret de Jésus", les évangiles rapportent des phrases allusives réservées à ses seuls disciples: Matt. XII 11, Marc IV 11, Luc VIII. Aux autres, Jésus ne parlait que par paraboles. - "Les Doctrines Secrètes de Jésus", H. Spencer Lewis, Éditions Rosicruciennes.
Pour ce qui est de Jésus assimilé à un Essénien selon les Rouleaux "secrets" de la Mer Morte, on avait spéculé sur ce fait depuis des siècles, donc avant la découverte des rouleaux, mais Dupont-Sommer et Massey ont argué le fait que certains des enseignements présumés de Jésus étaient en contradiction ou encore inconnus de la doctrine des Esséniens (les Esséniens n'ont pas cru en la résurrection des corps, ni en un Dieu fait chair ; ils n'ont pas mentionné le nom de Jésus) et il demeure difficile d'identifier le "maître de justice" mentionné par ces écrits à Jésus. Voyons ! Si ce Messie était de sang royal, est-il si bizarre que son nom n'apparaisse pas une seule fois, dans le contexte de l'époque ? C'est un surnom (Jésus signifiant Sauveur) qui lui aurait été donné par la suite. De même que le terme essénien, secret, n'est pas mentionné. Rien d'étonnant à cela ! Les évangiles dont nous disposons ont été écrits bien plus tard selon le corpus initial qui a disparu.
La liste des nombreuses similitudes entre le Maître des "Esséniens" des écrits de la Mer Morte, antérieurs d'un siècle aux plus anciens textes évangéliques, et la figure de Jésus est troublante, (par exemple, dans ces écrits testamentaires publiés à la Pléïade, il est mentionné 12 disciples dont 3 prêtres; on pense à Pierre, Jacques et Jean). S'il est par ailleurs mal perçu par les Religieux que le "Maître de Justice" et "Messie" de Qumran soit une figure mythique d'une telle ressemblance avec celle de Jésus-Christ, cela pourrait être dû au fait que les évangiles canoniques ne sont pas des témoignages historiques mais des légendes inventées d'après une source Q. - (Massey, Christianisme gnostique et historique.) -

Manuscrit de la merMorte

En dehors des textes de l'ancien testament les rouleaux contiennent des textes dits sectaires du plus haut intérêt. Les Esséniens et les Nazaréens ou Nazarites (de nazir = prêtre) ont tout fait pour sauver ceux-ci et les écritures judaïques en leur possession avant la fin, qui eut lieu en l'an 70. Ils laissèrent 1200 pièces de monnaie sur place, l'argent n'étant pas une priorité. Comme les Zélotes, ils étaient très attachés à la Loi mosaïque, ce qui est aussi le cas de Jésus (selon Matthieu), et Pierre, Jacques et Jean étaient encore assidus à fréquenter le Temple, selon le livre des Actes (de Luc). Des parallèles troublants existent entre eux et la première communauté de chrétiens de Judée. Si cette communauté judéo-chrétienne n'avait pas disparue lors de la chute de Jérusalem, puis, si elle n'avait pas été remplacée par la religion de Paul, opposée quant à la Loi et à l'esprit, on devine que les similitudes seraient encore plus flagrantes. C'est Paul qui libère les chrétiens de la Loi ! Son nom n'est pas prononcé dans certains épîtres des Apôtres alors qu'il est question de lui comme étant l'adversaire.

Les Esséniens observaient rigoureusement la Loi, avec les idéaux de pauvreté et de charité. C'étaient des dissidents, opposés aux chefs du Temple, mais se disaient le peuple élu, le vrai Israël. Il est question d'un Messie, roi et prêtre, du "serviteur souffrant" en référence à Isaïe, et c'est là que la vie de Jésus interfère. Les Hymnes (écrits à la première personne) auraient bien pu être l'œuvre du "serviteur souffrant" tant attendu, de celui qui a souffert pour le compte de la communauté des saints. Les rouleaux contiennent en outre des commentaires de la Bible hébraïque, des Prophètes, en particulier celui d'Habaccuc dont Paul fait usage pour la justification par la Foi. On se demande encore ce que fut réellement son chemin de Damas !

Les similitudes entre l'essénisme et le judéo-christianisme primitif sont si frappantes qu'elles l'éclairent et passionnent tous ceux qui s'intéressent aux origines de l'Église chrétienne. Jean baptisant Jésus dans le Jourdain accomplit le rite essenien de purification. Les Esseniens étaient très pieux et pratiquaient le repas fraternel en commun. Persécutés par les Sadducéens et par les Pharisiens, les Esséniens se réfugièrent à Damas en 130 avant notre ère, puis regagnèrent la Judée pour s'établir à Qumran, au bord de la Mer Morte, en 60 avant notre ère, sous la protection des Romains. Berceau du christianisme, leur site fut rasé durant la révolte juive de 66 à 69, et ces pauvres durent s'enfuir à Pella, en Arabie, de l'autre côté du Jourdain.
Il y est aussi question de Menahem, le "Consolateur" promis par ce Messie Fils de Dieu, appelé aussi "Paraclet", ou "esprit de vérité" dans l'évangile de Jean XIV, 16. Les Esséniens sont-ils assimilables aux Judéo-chrétiens du parti de Jacques ? (cf. page 2)
La controverse, prolongement de l'affaire (cliquez sur la flèche pour la suite).

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