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ECCE HOMO

Ce qu'il y a de bien avec Nietzsche, c'est qu'il dit  tout lui-même. Pourquoi il est si avisé, pourquoi il écrit de si bons livres, pourquoi il est un génie, pourquoi il est un destin. Il déclare ceci à la fin de Ecce homo :
N. par Rodolf Koselitz « Un jour, mon nom sera associé au souvenir de quelque chose de prodigieux - à une crise comme il n'y en eut jamais sur terre, à la plus profonde collision de conscience, à un verdict inexorablement rendu contre tout ce qu'on avait jusqu'alors cru, réclamé, sanctifié. Je ne suis pas un être humain, je suis de la dynamite. Et, avec tout cela, il n'y a rien en moi d'un fondateur de religion. Les religions sont affaire de populace, et après avoir été en contact d'hommes de religion, j'éprouve le besoin de me laver les mains... Je ne veux pas de «croyants», je crois que j'ai trop de malice pour «croire» moi-même en moi. Et je ne m'adresse jamais aux masses... J'ai une peur panique que l'on aille un beau jour me canoniser. Je ne veux pas être un saint, plutôt encore un pitre... Peut-être suis-je un pitre... Et cependant, ou plutôt, pas cependant - car, jusqu'ici, il n'y a rien de plus mensonger que les saints - c'est la vérité qui parle par ma bouche. Mais ma vérité est terrible, car jusqu'à présent, c'est le mensonge que l'on baptisait vérité. - Inversion de toutes les valeurs : c'est ma formule pour désigner un acte de suprême retour sur soi-même de l'humanité, acte qui en moi s'est fait chair et génie. Mon sort est de devoir être le premier homme convenable, de me savoir en contradiction avec le mensonge invétéré de plusieurs millénaires. Je suis le premier à avoir découvert la vérité, par le seul fait que je suis le premier à avoir senti - à avoir flairé - le mensonge comme mensonger... Tout mon génie est dans mes narines... J'apporte la contradiction comme on ne l'a jamais fait, et je suis malgré tout le contraire d'un esprit négateur. Je suis le messager de bonne nouvelle comme il n'en fut jamais, je connais des tâches si hautes que la notion même n'existait pas avant moi. Ce n'est qu'à partir de moi qu'il est à nouveau des espérances. Avec tout cela, je suis aussi, nécessairement, l'homme de la fatalité. Car lorsque la vérité engagera la lutte contre le mensonge millénaire, nous connaîtront des ébranlements, des convulsions séismiques et les bouleversements tectoniques tels que nous n'en avons jamais rêvé qui déplaceront montagnes et vallées. L'idée de politique se sera alors résorbée en une guerre des esprits, toutes les formes de pouvoir de l'ancienne société se seront volatilisées - car toutes reposent sur le mensonge ; il y aura des guerres comme il n'y en a jamais eu sur terre. Ce n'est qu'à partir de moi qu'il y aura sur terre une grande politique.» (Extrait de : Ecce Homo ; Pourquoi je suis un destin).

Malheureusement, ce livre-testament a été censuré.

Lire la Préface de Paolo D'Ioro

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